Analyses

Ian Cathro sur l’attraction de Newcastle, les leçons de Rafa et Nuno, et la construction d’un Estoril sans peur

L’entraîneur principal d’Estoril Praia revient sur des étapes formatrices à Newcastle, Wolverhampton et Tottenham, et explique pourquoi son projet au Portugal repose sur le courage plutôt que sur la simple survie.

Nathan Reid 2 mai 2026 8 min read
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Ian Cathro a travaillé dans plusieurs sphères du football moderne, mais lorsqu’il repense au parcours qui l’a façonné, un club se détache encore.

Aujourd’hui à la tête d’Estoril Praia, pensionnaire de l’élite portugaise, le technicien écossais estime que Newcastle United est l’endroit qui l’a le plus marqué, même si son passage y a coïncidé avec une période douloureuse pour le club.

Cathro, qui fêtera ses 40 ans plus tard cette année, récolte actuellement les éloges pour son travail en Primeira Liga. Les progrès d’Estoril lui ont valu le trophée d’entraîneur du mois de janvier, une distinction qui souligne la montée de sa réputation après des années d’apprentissage dans des rôles d’adjoint et un parcours varié entre l’Écosse, le Portugal, l’Espagne et l’Angleterre.

Pourquoi Newcastle résonne encore autant

Pour Cathro, Newcastle ne se résume pas au football, mais aussi à tout le rituel qui l’entoure.

Il se souvient de la marche entre la gare centrale de Newcastle et St James’ Park comme de l’une des expériences de jour de match les plus singulières du football anglais. En traversant la ville vers le stade au petit matin, il avait le sentiment que quelque chose d’important se préparait bien avant le coup d’envoi.

Ce souvenir l’accompagne depuis des années. Même si la saison 2015-2016 de Newcastle s’est soldée par une relégation, Cathro parle toujours du club, de ses supporters et du poids émotionnel du football dans la ville avec une réelle affection.

Il qualifie cet exercice d’échec sur le plan sportif, sans que cela n’efface son attachement au lieu. Parmi tous les clubs où il a travaillé, Newcastle est celui qui, selon lui, a laissé la trace la plus forte. Il dit également se réjouir du climat très différent qui entoure aujourd’hui le club, en soulignant l’optimisme retrouvé sous Eddie Howe.

Travailler sous les ordres de Rafa Benitez

Son passage sur les bords de la Tyne lui a aussi donné l’occasion de travailler de près avec Rafa Benitez, une expérience qu’il juge extrêmement précieuse.

Il décrit Benitez comme un entraîneur qui vit et respire football, quelqu’un dont l’attention au jeu est permanente et dont le sens du détail, notamment dans l’organisation défensive, l’a durablement marqué. La leçon qu’il en a tirée n’avait rien de spectaculaire ni d’abstrait : c’était la valeur de la simplicité exécutée avec précision.

Cet enseignement reste pertinent dans le football moderne, où les systèmes peuvent vite devenir trop complexes. En Benitez, Cathro a vu un entraîneur capable de ramener le travail défensif à des principes clairs, tout en exigeant une rigueur absolue dans leur application.

L’influence de Nuno, sur le terrain comme en dehors

Si Benitez a affiné une facette de la réflexion footballistique de Cathro, Nuno Espirito Santo a contribué à dessiner une part plus large de sa trajectoire.

Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois lors d’une formation d’entraîneurs de la Fédération écossaise à Largs en 2009, et cette relation est devenue l’un des partenariats les plus structurants de la vie professionnelle de Cathro. C’est elle qui lui a ouvert les portes d’un départ d’Écosse, d’une expérience à l’étranger et d’une progression dans de nouvelles cultures footballistiques.

Avant de rejoindre Nuno, Cathro entraînait au centre de formation de Dundee United et dirigeait sa propre école de coaching. Il l’a ensuite épaulé à Rio Ave puis à Valence, avant de le retrouver en Angleterre à Wolverhampton et à Tottenham.

Il attribue à Nuno bien plus qu’un apport tactique ou technique, en évoquant aussi son soutien personnel et la confiance accordée à des moments clés. Cathro considère que leur association fonctionnait naturellement. Au départ, il apportait une vaste expérience du travail de terrain à l’entraînement, tandis que Nuno offrait une autorité de très haut niveau dans le vestiaire, une grande expérience de vie et un leadership affirmé. Chacun amenait ce qui manquait à l’autre.

Selon Cathro, cet équilibre a été essentiel à leur réussite commune.

Il livre aussi une clé sur les contextes dans lesquels Nuno tend à le mieux réussir : ceux où la direction du club, sa structure et ses idées de football avancent dans le même sens. Son analyse est claire : chaque fois que Nuno a bénéficié de ce soutien et de cette lisibilité autour de lui, les résultats ont suivi.

Un passage bref et compliqué à Tottenham

L’aventure à Tottenham n’a pas duré. Nuno et son staff n’y sont restés que 17 matches, un chapitre éphémère que Cathro considère néanmoins comme révélateur d’une quête identitaire plus large au sein du club.

À ses yeux, Tottenham cherche à se redéfinir depuis le départ de Mauricio Pochettino en 2019. Pochettino, suggère-t-il, incarnait bien plus qu’un entraîneur. Il représentait le style, l’esprit et l’image de ce que beaucoup de supporters voulaient voir en Tottenham.

D’où une question persistante pour le club : qu’est-ce qui constitue exactement le succès ?

Pour Cathro, le sujet ne se résume pas à une opposition entre trophées et classement. Il est avant tout question de clarté. Les Spurs doivent-ils se juger à l’aune des qualifications régulières pour la Ligue des champions ? Des places dans le top 6 ? De titres, quel qu’en soit le prix ? Et si l’ambition est de rivaliser avec les clubs les plus riches, est-ce possible sans s’aligner financièrement sur eux ?

Selon lui, Tottenham doit encore définir son identité footballistique avec plus de conviction, puis prendre les décisions difficiles qui permettent de suivre cette ligne avec constance. Pour un club de cette envergure, le défi n’est pas l’absence de tradition, mais la nécessité de s’engager clairement sur ce que doit être la prochaine version de Tottenham.

Estoril et un état d’esprit différent

Pendant que Tottenham continue de se débattre avec ces questions de fond, Cathro concentre son énergie sur un projet d’une nature très différente.

À Estoril Praia, il travaille dans un club qui ne dispose ni de la puissance financière ni de la visibilité des plus grandes équipes portugaises. Cette réalité rend la reconnaissance extérieure plus difficile à obtenir, ce qui explique pourquoi sa récente distinction d’entraîneur du mois avait une signification particulière.

Pour autant, la philosophie de Cathro ne se limite pas à l’idée de se maintenir.

Il veut qu’Estoril joue sans peur. C’est là, plus que dans des idéaux esthétiques, que se trouve le socle de son travail. Il estime que le club s’était trop habitué à la psychologie des luttes pour le maintien, où chaque performance est façonnée par l’anxiété et la prudence. Sa mission a été de briser cette habitude.

Le style qu’il cherche à installer est proactif et audacieux. Cathro précise qu’il a peu d’appétence pour un football passif, fait de longues séquences en bloc bas en attendant un coup de pied arrêté ou une contre-attaque. Il veut de l’initiative, de la pression et du courage.

Cela ne signifie pas jouer pour jouer. Il s’agit plutôt de bâtir une identité compétitive qui libère les joueurs du poids de jouer simplement pour ne pas perdre.

Dans un championnat où les clubs les plus modestes sont souvent définis par la retenue, Cathro tente de faire d’Estoril une équipe qui défend quelque chose de plus affirmé.

Le sentiment d’être chez lui au Portugal

Il y a aussi une dimension personnelle dans son épanouissement actuel.

Cathro dit se sentir désormais accepté au Portugal, un motif de fierté après une carrière d’entraîneur qui lui a demandé capacité d’adaptation et persévérance. Il s’exprime avec gratitude, mais aussi avec la conviction que cette reconnaissance s’est gagnée par le travail et par des années d’expérience dans des environnements différents.

En dehors du terrain, sa vie s’est stabilisée d’une manière qui compte manifestement pour lui. Avec sa jeune famille à ses côtés, le Portugal lui offre un mode de vie qu’il apprécie profondément, de la langue à la culture, jusqu’au rythme simple des journées familiales près de la plage.

Cet équilibre semble avoir renforcé son attachement au présent plutôt que de l’inciter à envisager un retour rapide dans le football britannique.

Pas pressé de revenir

Pour l’instant, Cathro ne cherche pas activement à retourner au Royaume-Uni. Il admet ne pas pouvoir maîtriser la durée d’un poste d’entraîneur, mais rien n’indique qu’il soit pressé de quitter le Portugal à court terme.

C’est un élément significatif pour un entraîneur dont la carrière a souvent rimé avec mouvement, adaptation et nouveaux défis. À Estoril, il semble avoir trouvé un projet en phase à la fois avec ses idées de football et avec le moment de vie qu’il traverse.

Son histoire continue de s’écrire, et le coaching peut basculer très vite. Mais à cet instant, Cathro apparaît comme un entraîneur façonné par des expériences exigeantes dans des clubs soumis à des pressions très différentes, et désormais déterminé à construire quelque chose d’authentique à sa manière.

Newcastle lui a laissé une sensation qu’il n’a jamais oubliée. Benitez lui a apporté la structure. Nuno lui a ouvert des portes et élargi ses horizons. Tottenham lui a offert une vue de près sur la difficulté, pour un grand club, de définir son identité. Et Estoril est peut-être l’endroit où toutes ces leçons sont aujourd’hui mises à l’épreuve avec le plus de clarté.

Pour Cathro, la destination n’est pas encore arrêtée. En revanche, la direction, elle, semble de plus en plus nette.